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En " farfouillant" dans vos pigments "ocres" cette semaine ... et notamment en utilisant les pastels secs, certain(es) d'entre vous ont été surpris(es) et ont fait connaissance avec une couleur "associée" qui porte un drôle de nom ... :  le "Caput Mortuum".

D'une teinte brune violacé, le "Caput Mortuum", ou "tête morte" est un pigment ocre artificiel  obtenu par calcination du sulfate de fer.

L'étymologie latine de ce " drôle de nom" vient de l'ancienne chimie, dont la signification veut dire "résidu dont on ne peut rien extraire".
Il est issu des dernières opérations faites avec de l'oxyde de fer.

S'il vous était inconnu, c'est pourtant un pigment connu depuis l'antiquité :
- Chez les romains le Caput Mortuum est le résidu de la calcination du sulfate de fer, technique que l'on retrouve décrite plus tard dans le traité de Lomazzo (1584).
- Au Moyen Âge, il désigne l'Oxyde de fer calciné par la couperose ou vitriol vert.
- Dans le traité de Turquet de Mayerne (1628) il est décrit comme le résidu de l'eau forte ou "Caput Mortuum", le terme est utilisé pour décrire l'oxyde de fer résiduel, sous-produit de l'acide sulfurique.
- On trouve cette couleur sous le nom de Colcotar, ou colcothar (de Vitriol), rouge d'Angleterre, rouge Indien artificiel, rouge de Venise, rouge de Mars.
- Il fut également utilisé pour le polissage des lentilles et des miroirs.

  • C'est également le terme utilisé par les alchimistes, pour désigner les résidus après distillation sèche, qui restaient dans les cornues.
    On parlait aussi de chaux.
    Le terme vient de la façon dont les alchimistes nommaient les produits de leurs opérations en les comparant aux différentes parties du corps humain:
    - tout ce qui se volatilisait dans les distillations était "esprit",
    - et lorsque la matière mise en distillation avait perdu toute sa partie volatile elle était comme un corps sans âme, comme " une tête humaine d'où les esprits s'étaient envolés à l'instant de la mort" .
    D'où l'expression de « caput mortuum ».

Le Caput Mortuum n'a vraiment pas disparu : de nos jours, il est obtenu en général à partir du PR 101 (oxyde de fer rouge de synthèse) et n'a pas quitté nos boites de pastel.
Il semble revenir en usage en aquarelle, comme chez Winsor et Newton ou Sennelier, en huile chez Schmincke, Sennelier ou Talens.
Ces fabriquants proposent un Violet Caput Mortuum, variante plus brune du violet de Mars.

2 Thoughts on ““Caput Mortuum” …

  1. GALLIN Geneviève on 28 mars 2018 at 10 h 21 min dit:

    Et bien voilà !!! nous saurons tout tout sur le ” Caput mortuum” …. merci Christine de tes explications toujours aussi enrichissantes et passionnantes….

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