... ou " la tarte tatin de la couleur" ! 😉 

Pendant longtemps, les peintres ont rencontré des difficultés pour fabriquer, saturer, fixer et, surtout, utiliser sur de grandes surfaces, la gamme des bleus foncés.
Les bleus utilisés alors, le lapis-lazuli, l'azurite, le smalt et encore moins les matières végétales ( la guède – le pastel des teinturiers , le tournesol, les baies diverses), ne le permettaient pas.
Faire un bleu foncé saturé et lumineux n'était possible que sous forme de petites surfaces, de détails, de rehauts.
L'indigo (utilisé pour la teinture) aurait peut-être pu être utilisé mais dans de nombreux pays, l’importation et l'utilisation de l'indigo étaient limitées et contrôlées ; et de plus, bien des peintres, par orgueil ou par méconnaissance, répugnaient à utiliser des produits destinés aux teinturiers.

Au début du XVIII° s. tout change avec la découverte du Bleu de Prusse !
Entre 1705 - 1709 ( selon les sources) en effet, fut mis au point à Berlin cette couleur artificielle, dans la gamme des bleus et des verts, permettant de combler ce manque.
A dire vrai, cette couleur fut découverte par hasard.

L'histoire :
« Un certain Diesbach, droguiste et fabriquant de couleurs, vendait un très beau rouge qu'il obtenait en précipitant avec de la potasse une décoction de cochenille additionnée de sulfate de fer.
Un jour, manquant de potasse, il s'approvisionna auprès d'un collègue, Johan Konrad Dippel, qui lui vendit du carbonate de potasse frelaté, dont il s'était lui- même déjà servi pour rectifier une huile animale de son invention.
En rajoutant cette potasse, qui était contaminée par de l'hexacyanoferrate, il n'obtint pas le rouge carmin attendu ; mais en concentrant le précipité, il obtint du pourpre puis un bleu profond.
Il ne comprit pas ce qui c'était passé mais Dippel, meilleur chimiste et homme d'affaires avisé, comprit rapidement que c'était l'action de la potasse altérée sur le sulfate de fer qui avait produit cette splendide couleur bleue.
Après plusieurs expériences, il améliora le procédé et commercialisa cette nouvelle couleur sous le nom de «  bleu de Berlin ».
Pendant plus d'une décennie, Dippel refusa de livrer son secret de fabrication, ce qui lui permis d’amasser une fortune considérable. Mais en 1724, le chimiste anglais Woodward perça le secret et publia la composition de la nouvelle couleur.
Le bleu de Berlin, devenu entre-temps «  bleu de Prusse » put dès lors être fabriqué dans toute l'Europe.

Le procédé utilisé par John Woodward en 1724 était le suivant  : On mélange en solution dans l'eau six parts de sulfate ferreux et six parts de ferrocyanure de potassium, on y ajoute vingt-quatre parts d'acide chlorhydrique et une part d'acide sulfurique. Au bout de plusieurs heures, on verse dans la préparation du chlorure de chaux. Le Bleu de Prusse précipite au fond du récipient. Il ne reste qu'à le purifier du ferricyanure de potassium qu'il contient en faisant précipiter ce dernier par l'action d'un peu de chlorure ferrique dilué. Le Bleu de Prusse peut alors être séché.

Les arts décoratifs de la fin du XVIII° et du début du XIX° l'ont ainsi utilisé à grande échelle pour fabriquer des papiers peints verts.
Plus tard, les impressionnistes et tous les artistes travaillant sur le motif lui ont voué, malgré son caractère instable et envahissant, une sorte de culte.

Actuellement, il est pourtant délaissé au profit du bleu phtalocyanine ou de l'indanthrène ... et donc est en voie de disparition.

Caractéristiques et propriétés:
Le Bleu de Prusse  (PB27) : (Ferrocyanure de fer ) est un pigment bleu foncé utilisé en peinture qui se caractérise par une teinte qui tire sur le verdâtre et semble presque noir.
Il est l'équivalent d'un bleu primaire assombri.
Reprenez vos cercles ; le Bleu de Prusse est l'équivalent des cases 13, 14 et 15.



Il est transparent, très colorant : son pouvoir colorant est tel qu'il a même tendance à migrer dans les mélanges et il diffuse constamment.
Mélangé à d’autres couleurs, il produit des tons admirables, notamment en nuance avec des jaunes, il donne
une belle richesse de verts.
Dans sa nuance la plus éclaircie, il permet de réaliser de beaux ciels.

Parmi ses noms commerciaux, utilisés dans les couleurs pour artistes, on trouve le Bleu Intense, le Bleu Berlin, le Bleu Hussard, le Bleu de Paris.

Pour en savoir + :
" Bleu, histoire d'une couleur " par Michel Pastoureau.
ou ici et

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation