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Dans nos recherches et nos "enquêtes à mener" cette année, quelques mots de vocabulaire vous interrogent quelquefois.

C'est le cas du mot " pendant "...

Certes, nous avons rencontré quelques " pendants d'oreille" sur les tableaux que nous avons "croisés", mais ni " La jeune fille à la perle", ni la courtisane du "Tricheur à l'as de trèfle"sont concernés.
Allons chercher plutôt vers une autre définition du mot "pendant" : " Chacun des deux objets d'art formant une paire" ou/et "Faire pendant à ; se faire pendant : être symétrique."

Dans le monde de l'art, le terme pendant ne désigne pas simplement deux tableaux qui se ressemblent, mais il répond à des critères historiques et esthétiques bien précis.

Comment définir exactement ce qu'est un pendant :

Fondamentalement, un pendant est une œuvre conçue dès l'origine pour faire la paire avec une autre.

Ces deux tableaux sont destinés à être exposés côte à côte, souvent de part et d'autre d'un élément central (comme une cheminée, une porte ou un autre tableau plus grand).

Pour que deux œuvres soient considérées comme des pendants, elles doivent partager plusieurs caractéristiques techniques :
Des dimensions identiques : Elles ont presque toujours le même format et la même taille de châssis.
Des encadrements similaires : Les cadres sont généralement jumeaux pour renforcer l'unité visuelle.
Un même style et un même auteur auteur : Elles sont réalisées par le même artiste, dans la même période.

 

Entre les deux, il y a  complémentarité intellectuelle et visuelle :
C'est ici que réside la véritable essence du pendant.
Il ne s'agit pas de répétition, mais de dialogue :

On y trouve :
Une symétrie de composition : Si un personnage regarde vers la droite sur le premier tableau, le personnage du second regardera souvent vers la gauche pour "fermer" la composition globale.
Des thématiques opposées ou liées : Le pendant explore souvent des dualités.
Par exemple :
Le Matin / Le Soir. L'Ancien Testament / Le Nouveau Testament. La Guerre / La Paix. Portrait du mari / Portrait de l'épouse.
Une harmonie chromatique : Les couleurs se répondent.
Une dominante chaude dans l'un peut être équilibrée par une touche similaire dans l'autre pour créer un équilibre visuel parfait une fois accrochés.

Les pendants de mariage : Rembrandt 

Portrait de Marten Soolmans et
Portrait d'Oopjen Coppit ( 1634)
C'est sans doute l'exemple le plus célèbre au monde.
Ce sont deux portraits en pied (grandeur nature).
Marten tourné vers la droite, Oopjen vers la gauche.
Leurs jeux de mains s'harmonisent sur une même ligne.
L'unité est créée par le traitement identique de la lumière
et les costumes noirs et blancs d'une richesse extrême.

L'intention : Célébrer l'union de deux grandes familles d'Amsterdam.
Séparer ces deux tableaux serait rompre leur "mariage" pictural.

Acquis conjointement par le Louvre et le Rijksmuseum ( la procédure d'acquisition a été finalisée le un accord franco-néerlandais prévoit que les deux tableaux ne pourront jamais être séparés. Ils seront présentés ensemble, alternativement au Musée du Louvre et du Rijksmuseum, selon une périodicité de 5 puis 8 ans. Ils ne pourront pas être prêtés à d'autres institutions.

Les pendants de contraste : Turner

"Ombre et Obscurité"  et "Lumière et Couleur" ( 1843)
William Turner utilisait souvent les pendants pour montrer l'évolution d'un concept ou la force de la nature.
Turner joue ici sur l'opposition chromatique totale.

Le premier tableau traite du Déluge avec des tons froids et sombres, tandis que le second traite du matin suivant avec des tons chauds et une lumière éclatante.
L'intention : Créer un choc visuel entre la fin d'un monde et sa renaissance, montrant ainsi la dualité de la création.


D'autres "pendants"?... Sans nul doute !

Au fil des siècles, de nombreux pendants ont été séparés lors de ventes aux enchères ou de partages d'héritage.
L'un des grands défis des conservateurs de musées aujourd'hui est d'identifier ces "couples" d'œuvres et de les réunir le temps d'une exposition.

Identifier le pendant d'un tableau après des années (voire des siècles) de séparation est une véritable enquête policière pour les historiens de l'art.
Comme les pendants étaient conçus pour être indissociables, ils laissent toutefois des indices derrière eux.

Avez-vous assez d'indices pour en trouver un particulièrement !
😉

Attention toutefois : Il ne faut pas confondre le pendant avec une série ou une suite.
Une série (comme les Nymphéas de Monet) peut comporter des dizaines d'œuvres.

Un pendant est strictement un duo.
S'il y a trois œuvres, on parlera plutôt d'un triptyque.

 

One Thought on “Le ” pendant” dans l’Art …

  1. Geneviève Gallin on 28 janvier 2026 at 10 h 33 min dit:

    Merci Christine.
    Trés intéressant cet article..qui précise bien les choses et qui pour ma part m’a appris beaucoup de choses..

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