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Nous avons été très "romantiques" durant ces dernières semaines ...
Je vous propose un petit résumé sur ce mouvement artistique qui s'étale de 1770 à 1870.

Le romantisme est un art total qui commence avec la littérature, puis concernera la peinture, la sculpture, la musique...

Au XVIIIe siècle, l'influence française dans le domaine des arts s'étend à toute l'Europe.
L'Angleterre tente alors de s'affranchir de cette domination. Le romantisme y prendra naissance puis s'étendra à l'Allemagne et à l'Europe du Nord, dans un premier temps.

Les raisons ?

La Révolution française, issue des pensées du siècle des Lumières et saluée par beaucoup d'esprits européens, déçoit  avec l'arrivée de la Terreur puis de Napoléon.
Un grand renversement se produit alors vers des idées combattues jusqu'alors par les "Lumières" : le mysticisme et le nationalisme.
Ce sentiment, renforcé par les guerres de libération contre l'occupant français, induit un sentiment de repli sur soi, l'exaltation de la subjectivité, et renforce le retour à la Nature d'une société sursaturée de culture.
L'augmentation de la population urbaine, l'exode rural créent l'industrialisation.
C'est une occasion pour les romantiques pour fuir dans la mélancolie, l'imagination, fuir dans des mondes irréels et idylliques.
William Turner (XVIIIe – XIXe siècle) : Le Matin après le déluge (1843) - Titre complet : Lumière et couleur, le matin après le déluge, Moïse écrivant le livre de la Genèse ou " Light and Colour (Goethe's Theory) – The Morning after the Deluge – Moses Writing the Book of Genesis," Il s'inspire du Traité des couleurs de Johann Wolfgang von Goethe.

Origines littéraires du romantisme :

A l'origine du Romantisme, il y a deux sortes de courants littéraires.
- D'un côté, les romans gothiques que les Anglais lisent avec passion dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : les thèmes y sont médiévaux et mystiques, stimulant l'imagination (avec esprits, chevaliers, châteaux en ruines...)
Le roman gothique anglais est un genre de la littérature populaire.
- D'un autre côté, le Romantisme allemand est précédé par le courant du " Sturm und Drang", d'un plus haut niveau littéraire, qui, de la fin du XVIIIe siècle au début du XIXe, influence plusieurs grands auteurs classiques, comme Johann Wolfgang von Goethe et Friedrich von Schiller.
Le " Sturm und Drang "s'adresse aux sentiments du lecteur.
C'est ainsi que le héros de Goethe, dans les Souffrances du jeune Werther a servi de modèle à de nombreux jeunes gens du XVIIIe siècle : certains s'habillent comme Werther ou se suicident comme le héros de Goethe.
Les drames de Schiller, notamment Les Brigands et Don Carlos, mettent en scène le conflit entre l'individu en quête de liberté et le pouvoir, enflamment les esprits et les préparent à la lutte contre la tyrannie.

Histoire et évolution du Romantisme :

Le Romantisme peut être divisé en trois périodes distinctes, chacune possédant ses particularités. :
- 1780-1822 ou préromantisme
- 1822-1843 ou l’apogée du romantisme
- 1843-1870 ou tradition post-romantique.

            La première période du Romantisme (1770-1820) se développe en parallèle du Néoclassicisme (1760-1800) ou plutôt en opposition à ce courant.

En effet, là ou Le Néoclassicisme prône :
- la beauté idéale
-
le rationalisme
-
la vertu
-
la ligne
-
le culte de l’Antiquité classique et de la Méditerranée.

Le Romantisme oppose et valorise :
- le cœur et la passion
- l’irrationnel
et l’imaginaire
-
le désordre et l’exaltation
-
la couleur et la touche
-
le culte du Moyen Âge et des mythologies de l’Europe du Nord.
- le
paysage en tant que reflet de l’âme.

Mais le Romantisme ne peut pas être défini qu’en termes d’opposition, puisqu’il développe ses propres caractéristiques :

1 - L’individualisme, le sentimentalisme, le mysticisme :
« Le romantisme n’est précisément ni dans le choix des sujets ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir. Pour moi, le romantisme est l’expression la plus récente, la plus actuelle du beau. Qui dit romantisme, dit art moderne, c’est-à-dire intimité, spiritualité, couleur, aspiration vers l’infini, exprimés par tous les moyens que contiennent les arts ». Charles Baudelaire au Salon de 1846 

On retrouve cette manière de penser chez Stendhal qui estime que le néoclassicisme est dépassé et que ce qui est moderne c’est le romantisme (donc les sentiments, la couleur mais aussi l’individualisme).
Delacroix dira d’ailleurs du romantisme que c’est « la libre manifestation de ses impressions personnelles» et
pour Jean-Jacques Rousseau c’est « l’art de concentrer ses sentiments autour de son cœur ».

2 - Le culte du Moyen Âge, des « brumes du Nord » et de l’exotisme (civilisation arabe) :
Cette peinture peut être définie par les mots-clés suivants : mystique, étrange, indéfinissable, brumeux (ambiance de cimetière)…
Les romantiques ne sont plus fascinés par l’Antiquité et par la Méditerranée mais par le Moyen Âge et par les légendes du Nord. Ils sont aussi très attirés par l’exotisme, surtout les civilisations arabes.
Il y a une volonté d’intériorité, de s’intégrer dans l’obscur.

Caspar David Friedrich (XVIIIe – XIXe siècle)
L’Abbaye dans un bois (1809).

3 - Le paysage romantique : La peinture de paysage prend une grande importance.
L'essor du paysage est accompagné par les théories esthétiques du pittoresque et du sublime, développées en Angleterre par William Gilpin, Edmund Burke et en Allemagne par Kant et les philosophies de la nature de Schelling et Carl Gustav Carus.
L'abandon du classicisme allégorique, du védutisme et de la reproduction topographique de la nature laisse la place à l'imaginaire, au lointain et au sentiment de l'infini.
La représentation de la nature sauvage devient le lieu de prédilection où le moi rencontre le monde extérieur.
Les tourbillons des vagues tempétueuses, les cimes escarpées des montagnes et des volcans, les effets de lumière parfois irréels et fantastiques, les cieux orageux et les scènes diluviennes aux accents chaotiques ou apocalyptiques deviennent le reflet des tourments de l'âme et des perceptions hallucinatoires de l'artiste qui s'inspire parfois des grands mythes bibliques pour retranscrire ses visions (William Blake, John Martin, Francis Danby).
De fortes différences individuelles s'affirment cependant.
Si Friedrich opte pour des formes ciselées et cristallines baignées par une lumière froide et des irisations étranges,

« Voyageur contemplant une mer de  nuages »
de Caspar David Friedrich (1818)

« Falaises de craie sur l’île de Rügen »
de Caspar David Friedrich (1818)

 

Turner prend le parti de dissoudre les formes de la nature dans une atmosphère de couleurs lumineuses,

"Sunrise" - 1845 - Turner

tandis que Constable tente de saisir la densité, l'épaisseur et la consistance des choses par un rendu pictural variant en fonction de la texture lisse, rugueuse, opaque ou fluide des surfaces peintes.

"Seascape-Study-Boat-and-Stormy-Sky"-1824-
Constable

En dehors de l'Europe, l'influence de Turner et Constable est sensible sur l'américain Thomas Cole, fondateur de l'Hudson River School et le paysagiste russe Ivan Aïvazovski, auteur de marines aux remarquables effets de lumière, était admiré de Turner.
En France un des hauts lieux du romantisme Français fut la vallée de Royat en Auvergne où l'auberge " Ma Campagne" tenue par La Mère Gagnevin reçut les plus célèbres peintres du moment.

4 - La violence (intérêt pour le drame, le combat, la folie):
Géricault peint toute une série d’aliénés ... peindre la folie le fascinait.

Eugène Delacroix
Esquisse pour la chasse aux lions (1854)

5 - La prise en charge d’idéaux politiques révolutionnaires.

6 - Le « néo-baroque » : On retrouve ce néo-baroque dans le mouvement, la tension, la puissance, les contrastes, les couleurs) de ces peintures.

Il y a d’ailleurs une parenté entre l'œuvre de Delacroix et celle de Rubens.

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