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Autrefois, les artistes japonais n'avaient que trois matières colorantes qu’ils mélan­geaient diversement pour obtenir toutes les nuances nécessaires :

- le sulfure jaune d’arsenic naturel : " shiwo", ou orpiment.
L'Orpin ou orpiment : est un Sulfure d’arsenic rencontré à l’état naturel ou produit artificiellement.
D’une belle teinte jaune d’or et connus depuis le deuxième millénaire avant J.C.

Abandonné depuis l’arrivée des pigments de cadmium au XIX° siècle.
Synonyme : jaune d’arsenic.

- un sesquioxyde rouge de fer : " taisha " ou hématite:
L’hématite est une espèce minérale composée d’oxyde de fer(III) de formule Fe2O3 avec des traces de titane Ti, d'aluminium Al, de manganèse Mn et d'eau H2O. 

C’est un minéral très courant, de couleur noire à gris argenté, brun à rouge, ou rouge.
L'hématite fut utilisée comme pigment (rouge) au paléolithique supérieur par nos ancêtres Homo sapiens. Pulvérisée puis mélangée à l'eau ou (plus rarement) aux huiles végétales et animales, elle s'apposait sur la roche des murs, ce qui permettait à nos ancêtres de dessiner et de peindre les grottes et cavités.
Dans l'Égypte ancienne, l'hématite était considérée comme ayant le pouvoir de guérir les maladies du sang (ce minéral composé principalement de fer a la particularité de teinter l'eau en rouge. C'est pourquoi les Égyptiens pensaient qu'elle favorisait la production de sang).
Elle a été utilisée dans l'Antiquité - comme le plomb (sous forme de céruse, également toxique - dans certains cosmétiques (« fards, de « bâton à lèvres » (ancêtre du rouge à lèvre) enduits de peinture à base d’hématite », dont en Afrique du Nord et dans l'Égypte antique pré dynastique
L'hématite se retrouve aussi à l a base de la fabrications des sanguines : relire ici

- et l’indigo, :
L'indigo véritable (NB1) est à l'origine obtenu à partir de plantes, soit  en Europe avec le pastel des teinturiers (ou guède), soit, avec l'établissement des empires coloniaux au XVIIe siècle, cultivées en Afrique ou en Asie, avec l'indigotier.

La substance colorante est extraite de la feuille, fermentée et hydrolysée, pour obtenir une substance incolore qui, oxydée, donne un pigment insoluble, utilisé dans les beaux-arts.
Pour la teinture, on utilise la forme incolore, et l'oxydation, donnant la couleur, s'effectue sur la fibre. La teinture obtenue à partir des indigotiers donne un bleu tirant sur le violet, alors que celle obtenue à partir du pastel tend plus vers le vert. Les couleurs obtenues à partir des plantes étant des mélanges variables, de tous temps on a corrigé les teintes par des mélanges, ce qui rend une définition de la teinte indigo impossible.
En 1880, A. Bäyer synthétisa l'indigotine, principe colorant des plantes à indigo.
L'indigo synthétique dit bleu d'indanthrone  fut commercialisé après 1900 par BASF et amélioré dans les années 1920.
La couleur bleu indigo est souvent fabriquée à partir d'un mélange de pigments bleus (outremer, phtalo) et noir.
Même si le pigment "indigo" vient d'être synthétisé il y a peu, en tant que PB66.

L'orpiment, l'hématite, l'indigo "se rapprochent" des trois cou­leurs primaires : le jaune, le rouge et le bleu.

- A cela s'ajoute le blanc, gofun, ou poudre impalpable tiré des coquilles d’huîtres.
Le gofun est une préparation à base de carbonate de calcium, utilisée en particulier dans certaines peintures et estampes japonaises de l'ukiyo-e et auparavant pour souligner la blancheur des visages féminins et imiter la poudre blanche opaque (oshiroi) dont était recouvert le visage des courtisanes et des geishas.
Le gofun est préparé en utilisant du blanc de carbonate de calcium, normalement obtenu en réduisant en poudre fine des coquilles d'huître, et en mélangeant cette poudre avec de la colle (colle de riz ou colle nikawa d'origine animale).

Fabrication toujours actuelle et artisanale pour la peinture nihon-ga et(ou) la peinture des poupées.
Deux vidéos pour suivre la fabrication du gufun :  ici ou.

- et le noir : " sumi ", l’encre de Chine:
Sumi est le nom japonais de l'encre de Chine
Le sumi-e désigne littéralement « la peinture » ou « le dessin à l'encre ».
Il s'agit, comme en Chine et en Corée, d'une encre de Chine confectionnée à partir de suie (susu) et de colle (nikawa) animale se présentant sous forme solide, en général sous forme de bâton, que l'on frotte sur une pierre à encre avec un peu d'eau.
Traditionnellement, la suie peut être de la suie de pin (shôen-boku) ou de la suie d'huile végétale (yuen-boku).

De nos jours la suie de pin pure est rare, elle est généralement mêlée à d'autres matières chimiques, tel que l'anthracène, offrant des nuances pratiquement identiques. Les encres industrielles n'offrent pas la même finesse et elles sont généralement moins résistantes à l'eau, au temps et au marouflage et les encres liquides vendues en bouteille sont à éviter.
L'encre traditionnelle continue de vivre après sa période de fabrication. Les meilleurs magasins la conservent plusieurs années avant de la vendre ; avec l'âge elle développe de plus subtiles nuances. Les encres dites « âgées » (ko-boku) ont de 50 à 60 ans ; au-delà de 100 ans, elles deviennent des objets de collection.
Cependant, une fois fixées sur le papier, elles échappent à l'emprise du temps. Les encres de qualité ont des nuances de couleur.


Les mélanges des 3 couleurs ci-dessus, du blanc et du noir suffisaient à préparer de nombreuses couleurs et nuances.

Plus tard, d’autres matières colorantes vinrent de Chine (comme le vermillon, shu) ...
Ces nouvelles couleurs ne se mélangeaient pas toujours facilement aux mélanges que les japonais avaient l'habitude de réaliser.

Ainsi, ils jouèrent "l'addition optique"en superposant ces couleurs aux anciennes, au lieu de les mélanger.
Par exemple, pour obtenir un vert avec du bleu de Chine, gunjo, ils posaient une couche de jaune, shiwo, sur le papier ou la soie, puis sur ce jaune passaient un autre pinceau imbibé d’une solution de gunjo ou bleu. ...

Ainsi, ils ont pu obtenir les teintes les plus variées.
Teintes qu'ils rapprochèrent des couleurs de telle fleur, de tel fruit, ... des couleurs de la nature dont les japonais étaient passionnés et de fins observateurs donnant ainsi une nomenclature de couleurs très imagée ( relire ici) et devenant des coloristes émérites passant maîtres dans l’art de manier et d’harmoniser les couleurs.

 

 

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