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C'est avec Vincent Van Gogh que je souhaitais terminer notre année sur le thème de la lumière.
Pas que cette recherche et cette expression de la lumière dans la peinture ait pris fin avec lui : la lumière est la condition première à l'expression picturale, et au travers des siècles,  c'est l'une des principales recherches et préoccupations des artistes. Et cela le reste toujours!

Toutefois, Vincent Van Gogh est celui qui me vient en tête dès que l'on parle de lumière et d'expression de la lumière, tant il l'a cherchée tout au long de sa vie sous toutes ses formes : concrète, abstraite, extérieure, intérieure, symbolique, spirituelle ...
Il l'a cherchée auprès de sa famille, de ses proches, de ses amis, de ses rencontres ... auprès de ses œuvres.
Ceci jusqu'à l' obsession !
Cette lumière qui éclaire mais aussi qui réchauffe les corps, les cœurs et les âmes.

Cette recherche commencera très tôt dans la lumière de l’authenticité et de l'action la plus en phase avec sa pensée.
Un besoin d'absolu joint à un comportement extrême vont le voir échouer dans les deux premières directions qu'il s'est choisi tout d'abord : très jeune après son apprentissage de " marchand d'art" et son travail de "galeriste", il est licencié car il ne peut comprendre que l'Art soit considéré comme une marchandise ; puis empêché aussi ensuite d'aboutir dans sa démarche de prédicateur auprès des plus démunis dont il veut partager la vie et les difficultés.


à 13 ans

Lui qui dessine depuis l'enfance " pour le plaisir et le témoignage" choisira à l'âge de 27 ans d'embrasser la carrière d'artiste.
Tout est à apprendre :

« À Londres, je me suis souvent arrêté pour dessiner sur les rives de la Tamise en revenant de Southampton Street le soir, et cela n'aboutissait à rien ; il aurait fallu que quelqu'un m'explique la perspective. »(1876)

De Bruxelles à Anvers, en passant par Etten, La Haye, Drenthe, Nuenen, entre Belgique et Pays-Bas, de 1880 à 1886, il se forme, fréquente des cours, visite les musées...
Il commence par des croquis à la mine de plomb, au fusain, à la pierre noire.
Cette période de sa vie lui permet de se consacrer à son art, partageant ses réflexions sur des peintres qu'il admire comme Daumier ou Jean-François Millet.

" Cabanes hollandaises"

"Le bucheron"


Au cours de l'été 1882,  il commence la peinture à l'huile.
À partir du printemps 1883, il s'intéresse à des compositions plus élaborées, basées sur le dessin.
Il exécute de nombreux tableaux et dessins selon différentes techniques, envoie ses œuvres à Théo, écrit à Anthon van Rappard.
Très peu de ces dessins ont survécu car, manquant de nervosité et de fraîcheur selon Théo, il les détruira.

La peinture est l'unique remède qu'il trouve face à un profond sentiment de détresse : suite à des échecs amoureux, à sa difficulté de trouver sa place ... à l'"impossibilité" à mener une vie normale. Il supporte mal la solitude et la mésentente avec sa famille, son père notamment.
Les jours sont sombres, pluvieux ; il fait des économies mais s’endette… pense qu’il est parti trop vite : mélancolie …
Il pense qu’il doit travailler, travailler…..

"Sorrow"

Avec la peinture, il  perçoit pour la première fois la lumière dans cette obscurité.
Pour lui à cette époque, la lumière est : " un petit bois et une jeune fille en robe blanche "
Il est à la recherche « du rayon blanc » (c’est ainsi qu’il conçoit la simplicité)
" Recherchons cette lumière douce… le rayon blanc"
Il lui faut garder cette lumière.
Il cherche l’art dans la réalité, admire la nature, les belles choses en relation avec Dieu et souhaite que la beauté des choses ne soit pas rendue par le côté matériel mais par ce qu’il a à l’intérieur du cœur ; ce à quoi il s'emploie dans son travail avec fièvre et "fureur".

..."La vie n’est qu’une période de semailles et la moisson ne se fait pas ici-bas".
" On essaie de faire fructifier sa vie au lieu de la laisser s’étioler"
" Je suis un peintre de paysans
C’est une religion que de peindre et cela exige de mépriser l’opinion publique
pour faire des peintures qui donnent matière à penser
Il y a une force en moi, un feu que je ne dois pas éteindre ..." 

Entre 1883, et 1885, à Nuenen ( Pays-bas) son talent se révèle. Dans une veine naturaliste.
En 1885, il peint « Les mangeurs de pomme de terre » ( au moment où paraît "Germinal" le roman de Zola)

" L’une des plus belles choses est de peindre l’obscurité qui renferme également de la lumière
Je serai peintre quitte à être pauvre et je serai profondément humain"

Son passage à Anvers à partir de la fin 1885, est déterminant : sa palette s'éclaire, devient plus colorée, les coups de pinceaux plus nets. Il passe d'un réalisme sombre à un colorisme qui donne un nouvel élan à sa peinture.

"Les lois de la couleur sont admirables"

Même si sa palette chromatique est encore assez monochrome : bleu- orange- blanc –noir.
La raison ? les peintures de Rubens qui l'impressionnent et la découverte des estampes japonaises qu'il commence à collectionner.
Il commence aussi à cette époque sa fameuse série d'autoportraits.

"Prunier en fleurs" par Hiroshige - "Prunier en fleurs" par Van Gogh
"Courtisane"

Van Gogh collectionneur et organisateur d'expos (cliquer ici)

En 1886 il est prêt à affronter l’effervescence et la révolution artistique qui y règne, il rejoint son frère Théo, gérant de la succursale de Goupil & Cie sur le boulevard Montmartre et qui subvient à ses besoins depuis 1881.
En février 1886, il débarque à Paris.

Paris ! c'est la rencontre avec les impressionnistes. Ses toiles continuent à s'éclaircir, à se coloriser au contact des artistes dont il fait la connaissance : Toulouse-Lautrec, Louis Anquetin, Émile Bernard, John Peter Russell, Georges Seurat, Camille Pissarro ( qui l’initie également aux théories nouvelles sur la lumière et au traitement divisionniste des tons),  Paul Gauguin, Paul Signac avec qui il travaille en 1887 à la fragmentation de la touche et qui devient son ami.
Sous l’influence des estampes japonaises, ses compositions acquièrent peu à peu davantage de liberté et d’aisance, tandis qu’il s’essaie à la technique de l’aplat coloré.
Exalté par la ferveur du climat artistique parisien, il brûle les étapes de son renouvellement artistique.

" Le père Tanguy"

Régénéré par cette modernité, il est prêt à réaliser son rêve méditerranéen, à la recherche de la lumière aveuglante de la Provence, qui fait resplendir les couleurs pures de la nature, étudiées jusque-là dans sa collection d'estampes japonaises.
C'est une période très fertile pourtant l'absinthe et la fatigue aggravent son état mental.
Le 19 février 1888, il quitte Paris.

" Comment devient-on médiocre ? en faisant des concessions "

 Le Midi - Arles :

" Je me sens au Japon"
" Je crois à un nouvel art de la couleur, du dessin et de la vie artistique"



Il est dans une rage de travail

" Le peintre de l’avenir, c’est un coloriste comme il n’y en a encore jamais eu.

Sa palette: orangé, chrome, citron-pâle,
le bleu le plus riche, symbole de l'infini;
les étoiles qui lui donnent à rêver.

" Ciel étoilé"

La maison jaune : « Jaune dehors, peinte en blanc à l’intérieur » : Il aimerait la partager avec quelqu’un , comme son ami Gauguin, pour y vivre une communauté d’artistes : " L'atelier du midi". Il souffre de son isolement.

"La chaise de Vincent, la chaise de Gauguin" ( cliquer ici)

Blés, Paysage, Semeur, Soleil

Violet, Jaune, Bleu

" Les émotions sont si fortes"

Puissance de créer
Soleil

" Le Peintre ne dit rien, il se tait"

Lumière, forte chaleur, soleil

Jaune, citron soufre pâle

Il cherche à traduire cette lumière par la couleur, en cherchant la plus haute note jaune.

" Que c’est beau le jaune ! … la haute note jaune "

Les tournesols

Base de sa gamme de jaune : Orange et Jaune de Chrome ; Jaune de Cadmium et le blanc

" Dans la peinture : le moyen de me tirer de la vie "
«Mon travail à moi, j’y risque ma vie et ma raison y a sombré à moitié»

Ce soleil qui tape si fort, cette lumière qu'il a tant cherché et qui devient trop forte !

Une "célèbre" dispute avec Gauguin ; des crises qui le terrassent, la mise au ban de la ville d'Arles ... auront raison de sa volonté.
En Mai 1890, Van Gogh quitte la Provence, où malgré son mauvais état de santé, il a été très productif : à Arles d'abord puis à Saint Rémy, les toiles et les dessins réalisés pendant ses deux ans passés sont et restent parmi les plus célèbres et les plus emblématiques de son travail..

" Le café de nuit"

" Avec le rouge et le vert, je veux décrire les terribles passions humaines"

" La terrasse, place du forum à Arles"

" La nuit étoilée"

"La chambre"

Auvers sur Oise sera sa dernière destination plus près de Théo et de sa famille, aux bons soins du Dr Gachet : le soleil est moins fort, la lumière plus douce, l'herbe plus verte.
Dans les 70 jours qui lui reste à vivre, il va peindre 70 toiles.

"Champ de blé sous un ciel orageux"

Même s'il n'a vendu qu'une seule toile, dans le monde artistique on commence à parler de son travail , des articles paraissent.


"La Vigne rouge" -
seule toile vendue à Anna Boch
pour 400 Francs ( équivalent environ à 1600 € actuels)

Mais crime ou suicide ? le 29 juillet 1890, la lumière de vie de Vincent s'éteindra ... nous laissant celle de ses tableaux qu'il laissera au monde.

" Champ de blés aux corbeaux" - son dernier tableau

Il a 37 ans ; il laisse quelques 2000 œuvres dont 700 à 800 tableaux ( le reste sont des dessins, des aquarelles) dont la plupart ont été réalisées en seulement 7 ou 8 ans de vie artistique " de pleine maturité".

Il laisse aussi des lettres, notamment celles de la correspondance d'avec Théo (quand ils commencent à s'écrire,  Vincent a 19 ans, Théo 15) ...  Théo qui décèdera 6 mois après lui.
Lettres de vincent à Théo ( relire ici)

Peu connu dans les années 1890, Van Gogh n'a été remarqué que par un petit nombre d'auteurs et de peintres en France, aux Pays-Bas, en Belgique et au Danemark.
Dans les années 1930, ses œuvres vont attirer cent vingt mille personnes à une exposition du Museum of Modern Art, à New York.
Il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands artistes de tous les temps.

Pour en savoir + encore : ici

6 Thoughts on “La lumière de Vincent …

  1. Anne-Marie on 26 juin 2017 at 7 h 46 min dit:

    Merci Christine pour ce magnifique « reportage ».
    Merci aussi pour les nouvelles techniques que tu nous as apprises cette année.
    Gros bisous et à demain.

  2. Jean Vitou on 26 juin 2017 at 8 h 22 min dit:

    J’apprécie beaucoup ce cours de rattrapage sur VG et je conseille d’aller à Auvers sur Oise pour retrouver l’ambiance que l’on devine à travers les propos de Christine et les tombes émouvantes des 2 frères
    Merci Christine
    Jean

  3. elisabeth baudet on 26 juin 2017 at 9 h 03 min dit:

    On ne peut qu’avoir une immense tendresse pour ce personnage si attachant. Sa correspondance avec Théo est passionnante….j’ai 2 ou 3 biographies le concernant et j’ai vu au moins 2 films sur sa vie …..le court reportage hier soir sur la 5 était pas mal. Quel dommage qu’il soit mort comme ça ! ce n’est pas juste.

  4. Jean Vitou on 26 juin 2017 at 10 h 11 min dit:

    Dans mon précédant commentaire j’ai oublié de dire qu’il y a aussi un musée original des impressionnistes à Auvers sur Oise: par exemple on est dans un wagon de l’époque des impressionnistes et le paysage composé de reproduction de tableaux célèbres défile à travers les vitrages du wagon .

  5. Jeannine Barraco on 26 juin 2017 at 10 h 24 min dit:

    Connaissant ta passion pour Vincent, cet exposé a dû être très intéressant et ton article m’a permis d’être un peu avec vous en le lisant! merci.

  6. mireilleb on 26 juin 2017 at 16 h 12 min dit:

    Merci Christine pour tes magnifiques rayons d’ombre et de lumière, ces nuits étoilées qui nous ont éclairés toute l’année. Terminer par ce reportage ou tu accordes autant d’attention à l’homme qu’à son œuvre est superbe.
    Bises
    A demain

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