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C'est avec l'architecture gothique qu'apparait l'art du vitrail.
C'est l’allègement de la construction gothique qui va entraîner le développement des verrières, et la passion du vitrail pousse à l’agrandissement des fenêtres ; il y a accord entre les deux arts, émulation mutuelle qui explique en grande partie l’évolution de l’art gothique.

Le style roman est lourd et trapu ;
L’ogive, la voûte sur nervures, l’arc-boutant pourtant, ont déjà été expérimentés par les plus audacieux des architectes romans mais le mérite de l’architecture gothique fut de perfectionner ces trouvailles techniques, de les alléger et surtout de les intégrer dans un ensemble solide et harmonieux.

Le gothique « ce déploiement d’âme est gracieux, infiniment vaste et merveilleusement lumineux ».
Il faudra attendre le XX°s. et ses gratte-ciels, pour voir un exploit architectural aussi prodigieux.
L’art gothique s’épanouira pendant 4 siècles ; au XIV° s. il est « rayonnant » ;
au XV° s. c’est le gothique « flamboyant ».

La technique du vitrail telle qu’elle sera de règle au Moyen-Age fut sans doute fixée à l’époque carolingienne, et la France va prendre en la matière une prépondérance qu’elle ne perdra plus au cours des siècles.
Le vitrail nourrira tout au long du Moyen Age des rapports étroits avec l’enluminure, et un répertoire "byzantinisant".
Les vitraux antérieurs au XII°s. ont tous disparu, seuls quelques fragments nous rappellent que, s’il a existé un vitrail préroman, c’est après 1050 que ce nouvel art se développe rivalisant avec la peinture murale jusqu’à la faire disparaître.

Le vitrail est la plus spectaculaire des techniques picturales projetant depuis les hauteurs des effets de lumière multicolore qui donnent l’illusion de pierres précieuses et se rattachent à la symbolique divine.
L’image de verre est une vision qui élève l’âme et lui montre la voie du Salut.

Cet art atteint son apogée avec les verriers de Chartres.

Au XII° s., le moine Théophile en expose la technique dans son « traité des divers arts ».

Leur formule est à base de sable, de sel et de cendres, cette mixture est ensuite chauffée jusqu’à former une masse en fusion ( à près de 1500°), puis colorée à l’aide d’oxydes métalliques : du cuivre pour le rouge, du fer pour le jaune et du cobalt pour le bleu ; des plaques minces de verre colorées sont insérées dans les rainures des cadres en plomb formant ainsi des panneaux ; ce n’est qu’après avoir encastré les panneaux dans les fenêtres que les verriers peuvent juger de l’éclat des couleurs et de l’effet produit par les dessins.

Le dosage des couleurs est l’opération la plus délicate quand on sait qu’elles ne se comportent pas de la même manière vis à vis de la lumière ; ainsi le bleu la véhicule, tandis que le rouge la retient.

Le dessin en vraie grandeur est reporté par décalque sur le verre qui est ensuite découpé avec un fer chauffé ( le diamant date du XVI°).

Chaque tache de couleur nécessite un morceau de verre différent, les aplats de couleur d’une certaine importance sont divisés en plusieurs morceaux de verre : une verrière historiée en comporte en moyenne 400 par m².
Puis chaque pièce est peinte et la cuisson fixera la couleur dans la masse de la matière.
Les dessins sont tracés à la grisaille qui est obtenue par un mélange d'oxyde de fer, du verre pilé et du vinaigre (ou du vin et de d’urine !)
Pour suggérer le modelé, la plupart avait coutume de peindre chaque pièce en 3 couches : la première est uniforme, la deuxième indique les ombres, la dernière marque le modelé.
Après quoi le vitrail est mis en plombs, les grandes verrières sont soutenues par des architectures de pièces de fer de 5 cm d’épaisseur, les barlotières, simples au début, puis de plus en plus complexes et décoratives au XIII°, avec des cercles, des carrés, les losanges, des quadrilobes…

L’art des verriers est un art savant extrêmement complexe, qui n’a rien de naïf ; il peut le paraître à cause de ces conventions, qui ont été au contraire définies à la suite d’une réflexion profonde sur les lois de l’optique, réflexion peu différente de celle des peintres impressionnistes à la fin du XIX°.
- Ainsi les traits noirs dessinés à la grisaille sont très épais ; c’est que de loin la lumière des surfaces colorées tend à envahir les traits plus sombres et à les faire paraître plus fins qu’ils ne sont ; c’est pourquoi les visages ont ces grands yeux qui paraissent ébahis.
- A distance les bleus et les rouges se mélangent formant des taches violettes : les maîtres verriers ont pris soin d’éviter cet effet.
- Sur un vitrail, de grands aplats d’une même couleur ne sont pas d’un effet heureux : les artistes ont tendu à « mosaïquer » le plus possible leur œuvre.
- Une autre naïveté qui n’en est pas une : les rois sont toujours couronnés, les évêques ont leur mitre quelque soit leurs positions… ils doivent être immédiatement reconnaissables ; et la petite taille des scènes oblige à une symbolisation : une tour indique une ville, quelques personnages, une foule, une lampe signale que la scène se déroule la nuit ou dans un lieu sombre…

La grande Rosace de Chartres

Les vitraux de Chartres sont célèbres pour leur bleu qui a fait la renommée de la ville et de sa cathédrale, le « bleu de Chartres ». Ce « bleu roman » très lumineux, mis au point dans les années 1140 sur le chantier de la basilique Saint-Denis, fut utilisé par la suite dans la cathédrale de Chartres et celle du Mans. Ayant un fondant sodique coloré au cobalt, il s'est révélé plus résistant que les rouges ou les verts de la même époque.
Chartres possède encore la plupart des vitraux d’origine - il y a 176 fenêtres, la grande rosace a 13,36 m. de diamètre (« la Rose de France ») ; Marie y tient la plus grande place après le Christ dans cet immense spectacle de près de 10 000 personnes (le nombre d’habitants de Chartres à l’époque) dans les vitraux et les statues qui jouent la vie de Dieu et de l’homme ; la voûte domine à 37 m. ; sa longueur totale est de 130 m. Elle fut consacrée en 1260 .

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