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Nous revenons de l'expo sur "Nicolas de Staël en Provence", les yeux pleins de couleurs et de lumières.
Nous n'avons pas encore échangé nos impressions, que je pense diverses ; ce sera pour demain ... et le travail nous attend ensuite.
Cette exposition porte sur une année en Provence entre l’été 1953 et l'été 1954.

Mais savez-vous que de Staël en 1952, s'est intéressé à un autre sujet, en lien avec notre actualité !?

Nicolas de Staël dans son atelier, 1954, photo : DR

En effet, le 26 mars 1952, la France et la Suède disputent un match de football sous les tout nouveaux projecteurs du Parc des Princes. C'est le premier match international en nocturne à Paris ... Féérique !
Plus de 35 000 supporters soutiennent la France.
Nicolas de Staël et sa femme Françoise sont assis dans la foule des supporters, radieux ; c'est tout juste s'ils connaissent les règles du jeu, mais qu'importe : il suffit d'aimer le mouvement et la couleur.
Selon la presse, la France est assurée de gagner ... mais malheureusement, devant leur public, les Bleus sont battus 1 à 0.

Mais tout n’est pas perdu ce soir-là ! Bien avant la fin, le peintre a depuis longtemps oublié l'enjeu sportif pour ne capter que les masses et les volumes, les couleurs, les lumières.

Il a une sorte de révélation artistique.
Il ressort du parc des Princes, transformé, habité par les couleurs vives et les jeux de lumière de l’éclairage artificiel qu'il lui faut, dans l'urgence, immédiatement porter sur la toile.

Il se lance sitôt rentré dans une série de petites toiles, sortes d'études, des instantanés de ce qu'il vient de voir...
Il pose au couteau des blocs de blanc, de bleu, de rouge, de noir, de jaune ; il reconstruit les corps des footballeurs dans leur course, ballon au pied... il brosse à la va-vite, pour mémoire, les tribunes, le ciel dans la pénombre, la pelouse devenue rouge sous les projecteurs. Toute la nuit, il tente de préserver son émotion, sa vision, ses sensations, sur des toiles, des cartons.

Puis durant plusieurs semaines, il compose une vingtaine de toiles.

"Les Footballeurs II", 1952, huile sur toile, 16 x 22 cm,
Musée des Beaux-Arts de Dijon, © ADAGP, Paris, 2018

Enfin en apothéose, il commence un tableau de 7 mètres carrés ( 200 x 350 cm).
Sa taille ( 1m 96) et l'envergure de ses bras dépliés l'aident à dominer un tel chantier, véritable tour de force : il maçonne vigoureusement avec des blancs, des gris, des vert amande, des bleu ciel, des blancs rosés, des noirs qui font saillir la lumière.

De Staël veut "que la couleur sonne"; il représente les sportifs et le décor du stade par de grands blocs colorés presque abstraits.
Il  pose la peinture à la truelle, et même avec un morceau de tôle de 50 cm !
De Staël cherche à traduire sur la toile les contrastes lumineux qu’il a lui-même découverts, fasciné, ce soir de match.
" Le parc des Princes" fait penser avec ses diagonales à une bataille de Paolo Ucello.

" Le Parc des Princes", 1952, huile sur toile, 200 x 350 cm,
Collection particulière, © ADAGP, Paris, 2018

En tout cas, le peintre est persuadé que la beauté se cache sous ce spectacle.
Il partage d’ailleurs ses impressions avec le poète René Char dans une lettre :
"Entre ciel et terre sur l'herbe rouge et bleue, une tonne de muscles se meut dans l’oubli total d’elle-même, mais avec toute la présence que cela requiert en toute invraisemblance.
Quelle joie ! ... "

La série des Footballeurs marque le retour de Nicolas de Staël à la figure.

En savoir + : ici
Ainsi que dans " Le prince foudroyé - La vie de Nicolas de Staël" de Laurent Greilsamer chez Fayard.

One Thought on “Nicolas de Staël…

  1. elisabeth baudet on 4 juillet 2018 at 9 h 35 min dit:

    Belle expo, à ne pas manquer; j’ai aussi beaucoup aimé l’expo de Briata à Allauch “ode à la couleur” surtout ses paysages et personnages des îles Marquises…grands formats, des couleurs éclatantes, sur fond noir souvent, qui donnent de la vie à cette sinistre Galerie de l’usine électrique.

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