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Le mélange optique des couleurs grâce à la touche divisée.

Une façon nouvelle de penser et d'utiliser la couleur commence avec la découverte de Newton ( revoir ici).

Mais c'est à Michel-Eugène Chevreul que nous devons cette révolution dans l'utilisation de la couleur.

Avec un ouvrage publié en 1839 sur la théorie des couleurs,

il explique le principe du mélange optique des couleurs :

l’œil humain étant capable de combiner les couleurs entre elles.

Delacroix l'utilisait déjà ( relire à propos de sa technique du "flochetage" : ici), mais au XIX° siècle, ce sont les impressionnistes qui vont s'empresser de mettre la théorie de Chevreul en pratique. Ils rompent définitivement avec la tradition du mélange chimique des couleurs sur la palette.

C'est une vraie révolution dans l'utilisation des couleurs.

Ils vont ainsi se mettre à représenter des effets de lumière tout à fait nouveaux, tout à fait uniques, le principe du mélange optique des couleurs leur permettant de capturer des qualités de lumière impossibles à obtenir par le mélange physique des couleurs sur la palette, qui, à force, finissait par produire des teintes trop grises, trop » sales ».

Les impressionnistes posent donc sur la toile en les juxtaposant des petites touches de couleurs pures. Vues de loin, ces touches de couleur se combinent entre elles pour traduire les teintes voulues par le peintre, tout en gardant une belle luminosité à l'ensemble.

La théorie des couleurs de Chevreul influenceront largement des peintres comme Van Gogh , Pissaro, Gauguin....
Mais ce sont les néo impressionnistes qui vont apporter une grande nouveauté, grâce à Georges Seurat qui en fit une application plus scientifique et rigoureuse,poussant le principe à l'extrême, composant des tableaux entiers à l'aide de points de couleurs minuscules.

Là où les impressionnistes jouaient la hachure ou la virgule, les divisionnistes utilisent de petits coups de brosse en forme de points, leur permettant d'accumuler une plus grande variété de teintes et de tons sur une petite surface.

Cette technique que l'on appelle communément pointillisme est plus exactement « le divisionnisme » car basée sur la division de la couleur : de près, on ne distingue que des traits et des points puis lorsque l'on prend du recul , ils se combinent pour former une image aux couleurs lumineuses.

Le procédé est très lent :  il faut attendre que les touches de peinture soient bien sèches avant d'appliquer les touches voisines, afin d' éviter tout mélange chimique, qui ternirait l'oeuvre. De plus, toutes les couleurs ne sont pas bonnes à utiliser : Signac désigne comme "mélanges boueux" les couleurs à bannir.

La palette doit rester lumineuse et les couleurs intenses (couleur du prisme)!

  Un dimanche à la grande jatte

"Un dimanche après-midi à l'Île de la Grande Jatte"
Seurat - 1884 - 1886

Le néo-impressionnisme repose principalement sur l'association de deux théories scientifiques :

- la loi du contraste simultané

- et la loi des couleurs complémentaires.

Selon la première loi, la luminosité est plus intense si le mélange se fait dans l’œil du spectateur plutôt que sur la palette.

Selon la seconde loi, mettre une couleur sur la toile, c'est colorer l'espace contigu à cette couleur de sa couleur complémentaire : si l'on peint du rouge, l’œil  perçoit du vert autour de la tache rouge.

Seurat mourut jeune ( à 32 ans , il est emporté par une hémorragie cérébrale), et sa technique astreignante fit peu d'émules ; toutefois, il laissa grâce à ses recherches picturales un héritage important, rendant les peintres plus libres.

Cette liberté donna naissance à de nouvelles façons d'utiliser la couleur, notamment chez les Fauves... et leurs successeurs.

Après la mort prématurée de Seurat en 1891, Signac reprendra le flambeau et publiera en 1899:

" D'Eugène Delacroix aux néo-impressionnisme",

véritable traité du néo- impressionnisme.

Il y explique :

«  Les peintres Néo-impressionnistes sont ceux qui ont instauré et, depuis 1886, développé la technique dite de la division en employant comme mode d'expression le mélange optique des tons et des teintes.

Ces peintres respectueux des lois permanentes de l'art : le rythme, la mesure, le contraste, ont été amenés à cette technique par leur désir d'atteindre un maximum de luminosité, de coloration et d'harmonie …

Le Néo-Impressionnisme ne pointille pas, mais divise.

Or diviser c'est s'assurer tous les bénéfices de la luminosité, de la coloration et de l'harmonie , par :

  • 1° - Le mélange optique des pigments uniquement purs ( toutes les teintes du prisme et tous leurs tons)

  • 2° - La séparation des divers éléments ( couleur locale, couleur d'éclairage, leurs réactions, etc …)

  • 3° - L'équilibre de ces éléments et leur proportion selon les lois du contraste, de la dégradation et de l’irradiation

  • 4°- Le choix d'une touche proportionnée à la dimension du tableau. »

Pour Seurat, la couleur, soumise à des lois fixes ,

« se peut enseigner comme la musique ».

Son but était donc de créer la « partition »

qui permettrait aux artistes de faire jouer les couleurs entre elles

et d'approcher ainsi l' "Harmonie".

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